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Note de recherche n° BG-2026-ECA-004

L'économie des actifs créatifs : créer ne coûte plus rien, tout se joue après

L'IA a supprimé les barrières à la création. Elle n'a pas réglé ce qui se passe ensuite : découverte, attribution, rémunération, provenance. Le sujet d'après.

Byss Research · Juillet 2026

Grand livre-registre doré, masque de théâtre ivoire, note de musique et pellicule, une main gantée pressant un sceau de cire d'or lumineux sur un parchemin : l'enregistrement et la provenance des œuvres créatives, direction artistique blanc et or de Byss Group

Le coût de création s'est effondré

Un chiffre résume l'époque : en avril 2026, près de 44 % des titres déposés chaque jour sur Deezer sont générés par IA, soit environ 75 000 morceaux quotidiens. Attention à ne pas déformer : ce sont 44 % des dépôts, pas des écoutes. La consommation réelle de titres IA reste de 1 à 3 % des flux, et près de 85 % de ces écoutes sont frauduleuses, fabriquées par des fermes de streaming. Mais la vanne est ouverte.

Et ça marche, parfois spectaculairement. Un groupe entièrement généré par IA, The Velvet Sundown, a atteint environ 1,4 million d'auditeurs mensuels sur Spotify à l'été 2025 avant même d'être identifié comme tel, aucune divulgation n'étant requise. Une chanteuse IA, Xania Monet, a signé un contrat d'environ 3 millions de dollars et est entrée dans les charts Billboard. Nous connaissons ce terrain de première main : nous produisons nous-mêmes de l'IP à l'échelle, des jeux aux films en passant par la musique.

Le vrai problème n'est plus de créer

Quand créer devient quasi gratuit, la valeur se déplace vers ce qui vient après. Quatre chantiers restent ouverts, et ce sont eux qui décideront qui gagne : la découverte (comment un talent émerge du flux), l'attribution (qui a fait quoi), la rémunération (qui est payé, et combien), la provenance (comment tracer et prouver l'origine). C'est exactement, transposé au créatif, le péage « donnée vérifiée » de l'économie agentique.

L'IA a supprimé beaucoup de barrières à la création d'œuvres professionnelles, mais elle n'a pas réglé ce qui se passe ensuite. (Ritty Quin, KOR Protocol)

Rémunération : le label est payé, l'artiste pas toujours

C'est le chantier le plus avancé, et le plus révélateur. Après procès, Universal Music a réglé avec Udio et signé un accord de licence pour une plateforme de musique IA entraînée sur son catalogue ; Warner a réglé avec Udio et Suno. Le tarif de référence qui émerge est de l'ordre de 0,002 à 0,005 dollar par génération. Sony, lui, reste en litige, avec une décision attendue à l'été 2026 qui pourrait être structurante.

Mais « le label est payé » ne veut pas dire « l'artiste est payé ». Un syndicat de musiciens a assigné Universal et Warner, alléguant que des enregistrements de ses membres avaient été licenciés à Suno et Udio sans compensation ni crédit. La chaîne de rémunération de l'ère IA n'est pas encore équitable ; elle est seulement en train de se négocier.

Provenance : le socle qui monte

Face au flux, une réponse s'impose plus vite que les autres : la provenance. Le standard C2PA, ou Content Credentials, dépasse 6 000 membres en 2026 et arrive dans le matériel grand public, des credentials natifs du Google Pixel 10 aux caméras Sony, en passant par l'offre entreprise d'Adobe. Son comité réunit Adobe, Google, Microsoft, OpenAI, Sony, la BBC. C'est le pari le plus sérieux pour distinguer le réel du généré et attacher une origine à une œuvre.

Droit : la loi court derrière

Le cadre juridique, lui, avance par à-coups. Aux États-Unis, le Copyright Office maintient qu'une œuvre entièrement générée par IA n'est pas protégeable et que le prompt seul ne crée pas de droit d'auteur. Dans l'Union européenne, l'article 50 de l'AI Act impose, à partir du 2 août 2026, de marquer les contenus générés par IA dans un format lisible par machine et d'étiqueter les deepfakes, sous peine de 15 millions d'euros ou 3 % du chiffre d'affaires mondial. Sur la voix et le likeness, le NO FAKES Act a été réintroduit en mai 2026 mais reste un projet de loi, pas une loi.

Les chambres de compensation, une réponse parmi d'autres

C'est dans ce paysage que se glisse l'idée de « chambre de compensation » des actifs créatifs : une couche qui gère d'un coup l'origine, la mise en relation avec le bon partenaire, et le paiement. KOR Protocol, adossé à Animoca et issu du studio Pixelynx (deadmau5, Richie Hawtin), en est un exemple concret, avec des produits en service et des partenaires réels comme Beatport ou Banijay.

Lucidité obligatoire, comme pour tout ce qui touche à la crypto. KOR a annoncé en juillet 2026 une levée de 7,5 millions de dollars à 100 millions de valorisation, mais cette annonce n'a, à ce jour, été confirmée par aucune couverture éditoriale indépendante, et sa traction (revenus, portefeuilles connectés) est auto-déclarée. Une valorisation à environ cinquante fois le revenu relève du récit, pas du fondamental. À citer comme un signal, pas comme une preuve. En face, le registre d'IP on-chain le plus financé, Story Protocol, a dû se rebaptiser et pivoter mi-2026 vers la provenance des données d'entraînement, signe que ce marché cherche encore son usage.

Ce que nous en retenons

Nous sommes des deux côtés du miroir : nous générons de l'IP créative, et nous en étudions l'économie. Notre conviction est simple. Le coût de création tendant vers zéro, la valeur se loge désormais dans ce qui vient après : une provenance attestable, une attribution honnête, une rémunération traçable. Nous les traitons comme des exigences de conception, pas comme des options ajoutées à la fin. Et nous n'attendons pas qu'une chambre de compensation nous sauve : la meilleure protection, pour un créateur comme pour une maison, reste de posséder l'origine et les droits de ce que l'on produit.

Références

  1. [1]Deezer Newsroom (2026). AI-generated tracks represent 44% of new uploaded music. lien ↗
  2. [2]The Washington Post (2025). The Velvet Sundown, an AI band on Spotify. lien ↗
  3. [3]Billboard (2025). AI artist Xania Monet's multimillion-dollar record deal. lien ↗
  4. [4]Music Business Worldwide (2025). Universal Music settles Udio lawsuit, strikes licensed AI music deal. lien ↗
  5. [5]Content Authenticity Initiative (2026). The State of Content Authenticity in 2026 (C2PA). lien ↗
  6. [6]The Block (2026). Story becomes DATA Foundation, shifts to AI training-data provenance. lien ↗
  7. [7]U.S. Copyright Office (2025). Copyright and Artificial Intelligence, Part 2: Copyrightability. lien ↗
  8. [8]EU AI Act, Article 50 (transparence, applicable au 2 août 2026). lien ↗
  9. [9]KOR Protocol (2026). Series A announcement (communiqué, non confirmé par une source indépendante). lien ↗

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